AUX ORIGINES DE LA CRISE IVOIRIENNE

Posted on septembre 18, 2011

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A-1. Présentation de la Côte d’Ivoire

La République de Côte d’Ivoire (pays d’Afrique de l’Ouest) à une superficie de 322 462 km2, elle est limitée au nord par le Mali et le Burkina Faso, à l’ouest par le Liberia et la Guinée, à l’est par le Ghana et au sud par l’océan Atlantique. La population est estimée à 21 058 798 habitants en 2010.

La Côte d’Ivoire a pour capitale politique et administrative Yamoussoukro (Abidjan demeurant capitale économique), pour langue officielle le français et
pour monnaie, le franc CFA (comme toutes les ex-colonies françaises).

D’abord protectorat français en 1843 et devenu colonie française en 1893, le pays acquiert son indépendance le 7 août 1960, sous la houlette de Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République.

L’économie, essentiellement axée sur la production de café et de cacao, connaît au cours des deux premières décennies un essor exceptionnel, faisant de la Côte d’Ivoire un pays phare dans la sous-région ouest-africaine.

A-2. Contexte économique, politique et nomination d’Alassane Ouattara premier ministre d’Houphouët Boigny en 1990.

Le pays traverse, outre la crise économique survenue à la fin des années 1970 et qui perdure, des périodes de turbulence aux plans social et politique (vidéo –Annexe 1).
A la suite de la crise sociale de 1990 déclenchée par les mesures d’austérité du plan d’ajustement structurel exigé par le Fonds Monétaire International(FMI) et la Banque Mondiale, le Parti démocratique de la Côte d’Ivoire décide de rétablir le multipartisme, prévu par l’article 7 de la constitution ivoirienne, en accédant aux revendications politiques des groupes d’opposition dont le FPI de Laurent Gbagbo, dans l’optique de désamorcer la crise.

Cette décision est prise le 30 avril 1990 et les nouveaux partis politiques sont
autorisés le 31 mai 1990.

Au plan politique, l’accentuation de la crise sociale fait sa première victime, le ministre de l’économie d’Houphouët, M. Moïse Koumoué Koffi (Octobre 1989 – Novembre 1990). Celui-ci est débarqué et remplacé à ce poste par un cadre du FMI du nom d’Alassane Dramane Ouattara qui préside aussi un comité interministériel rendu nécessaire par la situation.

Ce dernier est coopté par le directeur du Fonds Monétaire International d’alors, le français Michel CAMDESUS pour une mission d’aide au redressement de l’économie ivoirienne via ce comité interministériel.

La nomination de ce cadre du FMI avec la bénédiction de la France et de M. Michel camdesus DG du FMI, va entrainer des protestations des partis d’opposition nouvellement autorisés. Des clameurs sur la nationalité Burkinabé de Alassane Dramane Ouattara se font entendre.

Dans la foulée, le Président Houphouët crée un poste de 1er ministre (poste qui n’a jamais existé dans l’organigramme gouvernemental ivoirien) et nomme M.
Alassane Dramane Ouattara. Des journaux d’opposition accentuent la pression surtout qu’Alassane Ouattara a été Décoré en Côte d’ Ivoire comme fonctionnaire du Burkina Faso (Annexe 1- Jeune Afrique).

Pour faire accepter son nouveau premier ministre par les ivoiriens, le PDCI, le parti d’Houphouët-Boigny entreprend une campagne d’explication à travers toute la Côte d’Ivoire sous la houlette de M. Laurent Dona Fologo.

Un village ivoirien est attribué à Alassane Ouattara, KONG dans le nord ivoirien.

La Côte d’Ivoire va subir l’application du programme d’ajustement structurel du FMI dans toute sa rigueur avec des dégâts énormes dans les tissus sociaux et économiques. Les enseignants ivoiriens (de la maternelle au supérieur) en feront les frais tout comme les autres fonctionnaires ivoiriens.

Les salaires de tous les nouveaux enseignants de Côte d’Ivoire sont ponctionnés de moitié. C’est le début de la descente aux enfers de l’école ivoirienne.

Par ailleurs, un vaste plan de privatisation des entreprises d’état est lancé. La quasi- totalité des entreprises d’état de la Côte d’Ivoire sont privatisées dans des conditions obscures, de gré à gré et à des francs symboliques, uniquement à des groupes français. Bouygues, déjà présent dans le BTP, se voit octroyer l’eau et l’électricité,
France Télécom la téléphonie, etc…

En Septembre 1990, les élections présidentielles opposent Houphouët-Boigny au leader socialiste Laurent Gbagbo. Cependant cette démocratisation ne permet pas une transparence suffisante pour aboutir à une élection incontestable.

A-3 Succession d’Houphouët – 1 ere tentative de coup d’état par Alassane Ouattara

Houphouët-Boigny, président de la Cote d’Ivoire depuis l’indépendance du pays meurt le 7 décembre 1993. La constitution organise la succession présidentielle.

L’article 11 de la constitution désignait le président de l’Assemblée Nationale pour achever le mandat présidentiel, Henri Konan Bédié était donc légitime. Cette modification de la constitution permettait au successeur d’achever le mandat en cours en cas de vacance. Félix Houphouët-Boigny avait été élu la dernière fois le 28 septembre 1990, son mandat courait donc jusqu’en octobre 1995.

La succession d’Houphouët-Boigny donne lieu à une confusion entre les pouvoirs politiques.

Le 8 décembre 1993 Alassane Dramane Ouattara publie un communiqué indiquant qu’il ne se soumettait pas à Bédié. Mais il n’est pas suivi pas l’état-major militaire de l’armée avec à sa tête le Général Robert Guéï.

Le 9 décembre il se résigne après un arrangement avec le nouvel homme fort, Henri Konan Bédié qui devient alors président de le République.

Bilan des années Alassane Dramane Ouattara

Nommé président d’un comité interministériel, puis Premier ministre en 1990 par Chef de l’Etat Félix Houphouët-Boigny, afin de redresser l’économie ivoirienne en crise, Allassane Dramane Ouattara a totalement échoué dans sa mission.

En 1993, lorsqu’il rendait le tablier, Ouattara soutenait que les caisses de l’Etat étaient vides, « les fonctionnaires pourraient ne pas percevoir leurs salaires à temps », avait-t-il soutenu.

Aussi dans son livre-entretien « les chemins de ma vie », sorti en mai 1999 aux éditions Plon, Henri Koanan Bédié dit ouvertement que le travail accompli par Allassane Dramane Ouattara, mis à la tête de la Côte d’Ivoire au plus fort de la pression exercée sur Houphouet Boigny par le FMI et la banque mondiale, est totalement nul. (Lire la suite dans l’article de Notre voie- Annexe 2)

A-4. Bédié et la conduite du pouvoir

Henri Konan Bédié veut renouer avec l’autoritarisme du régime mais il se heurte à une opposition de plus en plus active autour de leaders comme Laurent Gbagbo (Front Populaire Ivoirien) et Djéni Kobina du Rassemblement des Républicains (RDR – transfuge du PDCI d’Houphouët).

Après le décès de ce dernier, le RDR échoit à Allassane Dramane Ouattara.

Ainsi, pour répondre au mécontentement de sa base autant que pour faire barrage
aux ambitions électorales de ce dernier, Bédié initie une politique d’ « ivoirité » qui restreint l’accès des étrangers et qui exclut Ouattara de la compétition électorale.

Le 8 décembre 1994 une nouvelle disposition du code électoral adoptée par l’Assemblée nationale retire le droit de vote aux résidents africains non-ivoiriens. L’article 49 du texte indique que pour être éligible à la présidence de la République, il fallait « être né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens de naissance, n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne, et résider de façon continue en Côte d’Ivoire pendant les cinq années précédant la date des élections, sauf en cas d’affectation dans des organisations internationales ».

Cependant, la baisse de la croissance économique et la tension politique accentuent
le mécontentement populaire.

En 1999, Ouattara doit quitter précipitamment la Cote d’Ivoire à cause d’une
information judiciaire, suivi d’un mandat d’arrêt international lancé à son encontre.

Le 24 décembre 1999, une Junte militaire sous le patronnage du chef d’Etat-major de l’armée Robert Guei (voir annexe 3) prend le pouvoir à Abidjan et se charge d’assurer la transition vers le retour au régime civil au terme de l’élection présidentielle d’octobre 2000.

Le scrutin présidentiel de 2000, boycotté par une partie des électeurs se déroule dans une atmosphère tendue. Les candidatures d’Alassane Ouattara (pour vice sur document administratif, faux en écriture et non-nationalité ivoirienne) et d’Henri Konan Bédié (pour défaut de visite médicale) ont été écartées. Laurent Gbagbo est élu président de la république. (Annexe 3, Voir vidéo et appel de la Cour Suprême ivoirienne).

Annexe 1
Annexe 2

Coup d’Etat en Côte d’Ivoire
Par Chris Talbot et John Farmer
(Traduit de l’anglais – publié le 30 décembre 1999)

Le président Henri Konan Bédié de Côte d’Ivoire a été destitué de son poste vendredi 24 décembre par un coup détat militaire mené par le général Robert Gueï. Des soldats avaient commencé la révolte et le pillage la veille en s’emparant de voitures de luxe, en sillonnant les rues de la capitale Abidjan et en tirant en l’air. Il n’est pas fait état de victimes.

Les soldats protestaient contre les salaires impayés, contre la dégradation des conditions de vie et contre ce qu’ils appellent la «mauvaise gouvernance» du pays.

Selon le journal Le Monde, les soldats mutins auraient, après avoir pris l’aéroport à 2 heures du matin, fait appel à Gueï – qui est très populaire au sein de l’armée, pour diriger une délégation lors de leurs négociations avec Bédié et le Gouvernement.

Les revendications de la délégation furent élargies à la libération de 11 dirigeants du parti de l’opposition, le Rassemblement des républicains (RDR), qui avaient été
emprisonnés par le gouvernement.

Quelques heures après, le Général Gueï et sa délégation se présentèrent aux journalistes pour annoncer que les négociations avaient échoué et que Bédié n’était plus président.

Des soldats libérèrent alors des prisonniers, y compris les dirigeants du RDR de la prison centrale. Au moment où ils ouvrirent le portail. L’ensemble des quelque 6.500 prisonniers s’évadèrent en faisant 24 victimes dans la foulée. Des troupes supportant la mutinerie avaient érigé des points de contrôle à l’extérieur d’installations-clé, telles les stations de radio et de télévision nationales.

L’on a relevé plusieurs rapports de soldats acclamés et bénéficiant du soutien de la population. La foule chantait «Plus jamais Bédié», exprimant ainsi la haine croissante pour Bédié et son clan.

La Côte d’Ivoire avait la réputation d’être, de l’ensemble des anciennes colonies françaises en Afrique, la plus développée économiquement et la plus stable politiquement. Mais l’application du programme d’ajustement structurel du FMI a entraîné de sérieuses réductions des dépenses publiques, aggravant
ainsi le niveau de la pauvreté.

Le Parti démocratique de la Côte d’Ivoire (PDCI) de Bédié qui a gouverné depuis l’indépendance en 1960 s’était trouvé au centre de scandales de corruption. Des détournements de fonds de l’Union Européenne par les fonctionnaires du Gouvernement en début d’année avaient eu pour conséquence la suspension de toute aide au pays en provenance du FMI.

En mai et en juin, il y avait eu des protestations d’étudiants et des grèves généralisées contre les réductions dans l’éducation.

En novembre, les dirigeants du RDR avaient été emprisonnés pour avoir participé à une manifestation organisée contre le refus de Bédié de permettre à leur dirigeant, l’ancien directeur général adjoint du FMI, Alassane Ouattara, d’être candidat aux prochaines élections présidentielles. Bédié avait affirmé que Ouattara avait falsifié des documents concernant sa nationalité.

Cette année, le prix mondial du cacao – dont la Côte d’Ivoire est le principal exportateur – s’est effondré, ce qui a accéléré le déclin économique général du pays. Les planteurs de cacaotiers avaient récemment boycotté les ventes pendant neuf jours pour protester contre la rigueur provoquée par le système de commercialisation privée imposé par le gouvernement.

Il n’est pas clair dans quelle mesure le coup avait été préparé d’avance, mais Bédié avait été incapable de rassembler le moindre soutien quand il ordonna aux soldats de contrecarrer la tentative de coup d’Etat.

Le dimanche 26 décembre, un hélicoptère militaire français emportait Bédié et sa
famille au Togo, le pays voisin. Gueï avait donné son autorisation pour qu’il quitte le pays mais avait, par contre, arrêté d’autres membres de son cabinet pour «garantir leur sécurité». Le premier ministre, le ministre de la défense et le ministre de la sécurité se seraient échappés par la route, également en direction du Togo.

Gueï a nommé neuf officiers supérieurs de l’armée au Conseil national de salut public (CNSP) dont il est lui-même le président. Il fit savoir que le CNSP dirigerait la Côte d’Ivoire pendant quelques jours avant la mise en place d’un gouvernement de transition. Il fit appel aux partis politiques pour désigner des candidats au gouvernement tout en signalant que la junte militaire se chargerait des ministères
de la défense, des affaires étrangères, de la sécurité et de l’intérieur. Ce gouvernement de transition veillerait à créer les conditions requises pour des élections «honnêtes et transparentes» – aucune date n’a pourtant été retenue.

Le CNSP a annoncé qu’il prendrait des mesures fermes contre les pilleurs en en faisant défiler 50 devant des caméras de télévision. Tout pilleur qui serait un soldat «peut déjà s’imaginer ce qui l’attend», avait dit Gueï en poursuivant que «le salut public» serait garanti.

Les soldats qui avaient réquisitionné des voitures privées reçurent l’ordre de les restituer.

Gueï avait également garanti le maintien de toutes les relations économiques et politiques avec les gouvernements occidentaux ainsi que le remboursement de toutes les dettes. «Nous maintiendrons les accords internationaux qui seront scrupuleusement respectés», avait-il affirmé. Il souligna qu’il
garantirait les «relations excellentes» qui existent entre la Côte d’Ivoire et la France.

Gueï et le CNSP ont interdit tout transfert d’argent dans le but d’empêcher que le clan qui entoure Bédié ne fasse sortir leur fortune du pays. Ils font procéder présentement à un «vaste audit» de l’économie et affirment qu’il existe d’ores et déjà des signes de détournements de fonds de la part de
fonctionnaires de l’ex-gouvernement.

Les réactions de la part des gouvernements occidentaux quant au coup d’état ont été réservées. Le porte’parole d’Etat américain Philip Reeker a demandé aux militaires de «commencer immédiatement les préparations pour la restauration d’un gouvernement démocratique» tout en condamnant de façon
routinière le coup d’Etat. Des appels semblables au «retour à la démocratie» étaient venus de Grande-Bretagne et de France. Le ministre français de la coopération, Charles Josselin, en a appelé à «l’établissement d’un dialogue avec les nouvelles autorités».

Bien que 20.000 citoyens français résident en Côte d’Ivoire, aucun appel n’a été fait pour qu’ils quittent le pays. La France dispose de quelque 570 hommes en stationnement en Côte d’Ivoire. 40 hommes supplémentaires y furent envoyés par avion du Gabon et 300 hommes se tiennent prêts en
permanence au Sénégal, le pays voisin. Un porte-parole français a précisé que les mesures étaient purement «de précaution» et qu’aucun effort n’était fait pour les appliquer contre le coup d’Etat.

Une condamnation moins discutable était exprimée dans un communiqué commun du Nigeria et de l’Afrique du Sud réclamant le rétablissement de Bédié. Les informations de CNN faisaient allusion à des fonctionnaires nigériens qui s’inquiétaient «d’effets secondaires» suite aux réactions «mitigées»
contre le coup d’Etat de la part des gouvernements occidentaux, redoutant vraisemblablement une éventuelle reprise d’un régime militaire au Nigeria.

En expliquant la raison des réactions occidentales contre le coup d’Etat en Côte d’Ivoire, Kayode Fayemi du Centre pour la démocratie et le développement au Royaume-Uni dit que: «C’est un paradoxe pour eux et c’était également l’expérience faite au Pakistan. En principe, vous êtes opposés à toute violence mais vous ne pouvez pas ignorer le fait que c’est le résultat cumulatif d’une mauvaise
gestion, de l’incapacité à diriger et simplement de l’aliénation du peuple en s’accrochant au pouvoir.»

En d’autres termes, la prétention à la démocratie, et par là, l’affirmation de la légitimité des élections incontestées qui avaient placé Bédié au pouvoir en 1995 – peut être abandonnée sans encombre si la

formation d’un gouvernement plus acceptable au FMI, à la Banque mondiale et aux gouvernements américains et européens en résulte.

Gueï est proche d’Ouattara qui, en tant que banquier et ancien fonctionnaire du FMI, encourage fermement les mesures d’ajustement structurel de privatisation et est préféré à Bédié et son clan par les puissances de l’ouest. Il est susceptible d’être nommé au gouvernement transitionnel qui devra revendiquer d’avoir éliminé toute corruption financière pour que l’aide de l’occident soit rétablie.

La propre histoire de Gueï montre qu’il est prêt à venir à bout de toute opposition aux mesures du FMI. Il avait été le chef des armées de la Côte d’Ivoire de 1990 à 1995 et avait été responsable de la dure répression et de la torture contre les étudiants lors des mouvements contestataires de 1990. Il avait été limogé par Bédié en 1995 pour avoir refusé d’écraser des manifestations antigouvernementales,
vu qu’il supportait le principal mouvement d’opposition, le RDR d’Ouattara. En
1997, il fut renvoyé de l’armée en raison d’allégations de complots contre Bédié.

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