Le fonctionnement du Franc CFA, l’arme monétaire de la France contre l’Afrique (suite).

Posted on juin 12, 2013

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Troisième partie de notre série d’articles sur le Franc CFA, l’un des instruments dont se sert la France afin de maintenir l’Afrique francophone dans un état d’esclavage institutionnalisé.

Première partie  ici

Deuxième partie Ici

Professeur Nicolas Agbohou

Professeur Nicolas Agbohou

C – Les limites des quatre principes de la zone franc cfa

Les quatre principes de la zone franc sont d’inspiration nazie. Car le nazisme monétaire dont la France a été victime repose essentiellement sur la dévaluation de la monnaie du pays conquis, l’invention des monnaies coloniales, la libre transférabilité des capitaux des Etats colonisés vers les pays vainqueurs et les comptes d’opérations. L’analyse sommaire ci-après va en faire la démonstration.

      1. C1- La libre convertibilité des francs cfa en euros

La convertibilité du franc CFA « avec le franc français est illimitée»

Depuis la création effective en 1999 de la devise européenne, ce même principe de libre convertibilité peut être libellé de la manière suivante : La convertibilité du franc CFA avec l’euro est illimitée. Les limites structurelles de ce principe sont multiples dont ci-après quelques-unes seulement.

1 – La libre convertibilité est un argument spécieux dont se sert la France pour s’approprier les devises africaines contre remise de la fausse monnaie coloniale qui est le Franc CFA. Les Africains donnent par exemple leur recette d’exportation de 1.000 milliards de dollars à la France qui, en échange leur offre de la fausse monnaie coloniale appelée le Franc cfa. Paris utilise ces 1.000 milliards de dollars américains pour importer beaucoup de produits de l’Amérique et du RESTE du Monde. Les PAZF travaillent donc pour enrichir inlassablement la France.

Dans la réalité, la France applique aux Africains ce principe tiré du nazisme monétaire que décrit ci-après le Français SEDILLOT quand son pays était sous occupation allemande :

« Les Allemands… importaient des billets, imprimés par leurs soins, libellés en mark, et auxquels ils conféraient cours légal dans les territoires occupés…. Ils n’avaient que la peine de fabriquer ou de recevoir ce papier et de le remettre contre livraison de marchandises.

Mais le mark ainsi introduit en France n’était pas le mark qui circulait en Allemagne. Les billets ne provenaient pas de la Reichsbank qui fuyait les risques d’inflation et ne se souciait pas d’alimenter en papier les territoires envahis. Les seules coupures valables en France étaient émises par des caisses spéciales, dites Reichskreditkassen.

Ces caisses de crédit et ces billets étaient encore une innovation allemande: le système avait été expérimenté en Pologne, puis au Danemark et en Norvège. Il s’implantait en France en même temps qu’en Belgique, aux Pays-Bas, et au Luxembourg. Il prospéra plus tard dans les Balkans et en Ukraine. Les japonais devaient le reprendre en Extrême-Orient, en créant à leur usage une monnaie militaire »

Paraphrasons Sédillot pour décrire avec lui le nazisme monétaire que la même France applique en Afrique francophone supposée libre.

« En Afrique, les Français importaient des billets, imprimés par leurs soins, libellés hier en francs français et aujourd’hui en euros, et auxquels ils conféraient cours légal dans les territoires occupés….. Les occupants français payaient avec des billets qu’ils avaient émis eux-mêmes… : ils n’avaient que la peine de fabriquer ou de recevoir ce papier et de le remettre contre livraison de marchandises. Le franc Cfa ainsi introduit en Afrique n’était pas le franc français d’hier qui circulait en France ( où l’euro a aujourd’hui cours légal ).

Les billets ne provenaient pas de la Banque de France qui fuyait les risques d’inflation et ne se souciait pas d’alimenter en papier les territoires envahis. Les seules coupures valables en Afrique étaient émises par des caisses spéciales, dites institut d’émission des francs Cfa ou précisément l’imprimerie de la Banque de France située à Chamalières, près de Clermont-Ferrand (en Auvergne -France ) ».

Le franc cfa est « une monnaie apparemment sans histoire, imprimée à Chamalières par la Banque de France»50

Imprimerie de la BANQUE DE FRANCE au 63, PUY-DE-DÔME-CHAMALIERES

10 BOULEVARD DUCLAUX 63400 CHAMALIERES

Tél.1 : 04 73 17 40 00; Tél.2 : 04 73 17 43 05; Fax : 04 73 17 40 08

Source:www.lememo-imprimerie.com

Par ce principe de la libre convertibilité, les Africains donnent leurs devises à la France qui, en contrepartie, leur fabrique de la fausse monnaie coloniale qui est le franc Cfa .Paris gagne ainsi gratuitement des devises fournies par les PAZF qui limitent en conséquence leur commerce avec les autres pays du monde.

2 – Il n’y a pas de libre convertibilité entre les francs CFA émis par la BCEAO et la BEAC afin de rendre difficile le commerce afro-africain au profit de la France en particulier et de l’Europe en général. Car la monnaie est l’élément des échanges commerciaux.

3 – La France est le premier apporteur des investissements directs étrangers (les IDE) au Maroc, en Algérie et en Tunisie alors que ces trois pays ont quitté la zone franc pour battre leurs monnaies respectives qui ne sont pas convertibles. Cela veut dire concrètement que la garantie française de convertir les francs Cfa hier en francs français et aujourd’hui en euros n’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais un facteur d’attraction des investissements directs étrangers (IDE) dans les PAZF.

4 – Ce principe est une justification fallacieuse statutaire du contrôle effectif des banques centrales et des économies africaines par la France. En effet, par exemple « la Banque des Etats de l’Afrique Centrale est un établissement multinational africain, à la gestion et au contrôle duquel participe la France en contrepartie de la garantie qu’elle apporte à sa monnaie »51. Depuis 1999, c’est de fait toute l’Europe occidentale qui s’est substituée à la France, dans le contrôle des PAZF

5 – La garantie française de convertibilité fait du franc CFA est un outil au service de l’impérialisme de la France en Afrique. Car les pays d’outre-mer sont maintenus en captivité pour « procurer les avantages politiques et stratégiques »52 à la France. Le franc CFA s’affirme comme l’outil permettant à la France d’entretenir son « rayonnement » et son « influence… en Afrique »53

Pour illustration, sont exposés ci-après des billets de Monnaies imposées aux vaincus par les vainqueurs

a -Pendant les deux guerres mondiales, les troupes allemandes occupèrent de larges territoires en Europe. Dans les territoires occupés, de nouveaux billets de banques avaient été émis pour assurer l’approvisionnement en monnaie et fournir du cash à l’armée. De plus, dans les camps de concentration et les camps de prisonniers de guerre, une monnaie spécifique était utilisée pour rendre l’évasion plus difficile

a

b-Dans les territoires polonais occupés, l’argent allemand était émis par la Bank Emisyjnyw Polsce( Banque polonaise d’émission ) basée à Krakow. Les billets étaient libellés en Zlotych….Le taux de change du Zlotych était amarré à celui du Reichsmark tel que 2 ZL= 1RM.

c-La Belgique sous occupation du nazisme monétaire

Portrait ci-dessous de la Reine Marie-Louise. Ce billet est émis par les Allemands. Dates : 1er Mars 1915 au 29 octobre 1918 pour piller les richesses belge

d-Ci-dessous un Mark Saar émis en 1947 par la région de la Sarre occupée par la France.

La Sarre est redev une partie de l’Allemagne de l’Ouest en 1957 avec pour conséquence la disparition de la monnaie coloniale Saarmark.

Le FCFA existe malgré les Indépendances politiques africaines ! !!

En paraphrasant l’auteur sus cité, on obtient ce qui suit :

      1. C2- La fixité des parités entre le franc cfa et l’euro

« La parité entre le franc CFA et le franc français est fixe»54.Depuis le 1er janvier 1999, avec la disparition des monnaies nationales européennes au profit de l’Euro, le même principe sus exposé peut s’énoncer de la manière suivante : « La parité entre le Franc CFA et l’Euro est fixe ». Les conséquences de ce principe sont négatives pour les PAZF.

1 – Ce principe est un système de pillage méthodique des richesses africaines à travers l’application scientifique du nazisme monétaire que le Français René SEDILLOT présente comme une arme redoutable d’expropriation et d’asservissement des Français vaincus par les Allemands :

« Avec les siècles, les formes de pillages sont devenues plus savantes. Les anciens Germains dévastaient en toute simplicité les pays qu’ils avaient conquis. Leurs descendants, en 1940, ont recouru à une méthode de rapine plus subtile et plus fructueuse: ils ont mis le mark à 20 francs. Déjà, dans les territoires qu’ils avaient occupés en Europe, les Allemands victorieux avaient assigné au Reichsmark une valeur et un pouvoir d’achat fort avantageux: ils avaient fixé son équivalence à 1,50 schilling en Autriche, à 10 couronnes en Bohême, à 2 zlotys en Pologne: partout ces taux correspondaient à une appréciation exagérément flatteuse de la monnaie allemande. En France, le premier soin des autorités d’occupation fût d’arrêter un rapport monétaire pareillement rémunérateur: elles y pourvurent dès le 17 mai 1940….. Comparait-on les prix en Allemagne et en France ? Il situait le mark aux alentours de… 10 francs en juin 1940. La parité de 20 francs, choisie et imposée par les vainqueurs, n’était donc que l’expression d’une politique délibérément punitive à l’encontre de la France défaite et au seul bénéfice de l’Allemagne. En s’octroyant un pouvoir d’achat exorbitant en pays conquis, les envahisseurs s’assuraient une facile exploitation de toutes les richesses locales. Ingénument, certains Français admirèrent la  »correction » de ces soldats qui ne volaient rien, et des boutiquiers se réjouirent de trouver en eux des clients qui payaient sans marchander. Ils tardèrent à comprendre qu’à l’abri d’une ingénieuse stratégie monétaire, les occupants pouvaient les dévaliser indéfiniment et transférer à bon compte, de France en Allemagne, d’immenses réserves de valeurs réelles… Le mark à 20 francs, qui doublait pour le moins le pouvoir d’achat des allemands assurait l’enrichissement automatique du Reich et l’appauvrissement automatique de la France…. Il montrait comment, au prix d’une habilité monétaire, comment une guerre victorieuse peut devenir une guerre payante. »55

Cette description met à nu les différents aspects de la violence monétaire qu’exerce la France sur les Africains depuis 1945 jusqu’à ce jour. En paraphrasant SEDILLOT, on peut affirmer ceci:

* – Les anciens colons français dévastaient en toute simplicité les pays africains qu’ils avaient conquis. Leurs descendants actuels, en 1945, ont recouru à une méthode de rapine plus subtile et plus fructueuse : ils ont mis leur monnaie hier à 100 CFA et aujourd’hui à 655,957 francs CFA.

*- Déjà, dans les territoires habités majoritairement par des peuples noirs qu’ils avaient occupés en Afrique, aux Antilles (Guadeloupe, Martinique, Guyane,…) et dans l’océan Pacifique (Nouvelle Calédonie, Polynésie française, Tahiti, la Réunion,…) les Français victorieux avaient assigné au franc français une valeur et un pouvoir d’achat fort avantageux: Ils avaient fixé son équivalence à 100 francs CFA en Afrique, à 100 francs pacifiques dans la Polynésie française. Partout ces taux correspondaient à une appréciation exagérément flatteuse de la monnaie française.

*- La parité de 100 francs CFA hier et 655,957 francs aujourd’hui, choisie et imposée par les vainqueurs français, n’était donc que l’expression d’une politique délibérément punitive à l’encontre des Pays africains de la zone franc défaits et au seul bénéfice de la France.

*- En s’octroyant un pouvoir d’achat exorbitant en pays africains conquis, les envahisseurs français s’assuraient une facile exploitation de toutes les richesses locales africaines.

*- Ingénument, certains Africains admirèrent la  »correction » de ces Français expatriés appelés des coopérants qui ne volaient rien, et des boutiquiers se réjouirent de trouver en eux des clients qui payaient sans marchander.

*- Ils tardèrent à comprendre qu’à l’abri d’une ingénieuse stratégie monétaire, les Français pouvaient les dévaliser indéfiniment et transférer à bon compte, des PAZF en France, d’immenses réserves de valeurs réelles.

Les occupants français payaient avec des billets qu’ils avaient émis eux-mêmes par le biais de leur Etat… Ils n’avaient que la peine de fabriquer ou de recevoir ce papier et de le remettre contre livraison de marchandises.

*- La monnaie française hier à 50 francs CFA56 et aujourd’hui à 655,957 francs CFA, qui multiplie partreize57 pour le moins le pouvoir d’achat des Français assure encore aujourd’hui l’enrichissement automatique de la France et l’appauvrissement automatique des PAZF.

*- Il montrait comment, au prix d’une habilité monétaire, comment une guerre coloniale victorieuse peut devenir une néo-colonisation payante… »

Cette fixité des parités véhicule d’autres limites parmi lesquelles on pourrait citer celles-ci.

2 – Les PAZF sont installés dans une rigueur monétaire suicidaire et sans fin pour maintenir en vie la zone franc. « La préservation de la parité et de la fixité du taux de change des monnaies africaines, hier avec le franc, aujourd’hui avec l’euro, impose que les politiques d’assainissement des finances publiques mises en œuvre dans la plupart des pays malgré les difficultés soient poursuivies. »[

3 – Le détournement des PAZF se fait au profit de l’Europe et au détriment de leur ouverture sur le reste du monde

4 – Il y a une impossibilité pour les Africains de manipuler souverainement en leur faveur le taux de change.

5 – On assiste à une autonomisation ou à une augmentation mécanique en toute autonomie de la dette extérieure des PAZ F lorsque l’euro est plus faible que le dollar américain.

6 – Quand l’euro s’apprécie par rapport au dollar, s’observe la surévaluation du franc CFA avec les effets nocifs suivants pour les PAZF :

– Perte de compétitivité des produits des Africains et perte des parts de marchés extérieurs par les PAZF.

-Les PAZF sont naïvement contents d’avoir une monnaie coloniale ruineuse et artificiellement forte alors que cette robustesse du CFA ne reflète pas la réalité de leurs économies. Par ailleurs , un seul euro s’échange contre 12.000 roupies de l’Indonésie, 14.000 Rials de l’Iran qui envoie aujourd’hui des engins dans l’espace et 27.000 dongs du Vietnam qui est le deuxième pays exportateur mondial du riz après la Thaïlande. Ces observations concrètes montrent que les Africains font scientifiquement fausse route en s’accrochant désespérément à la forteresse du CFA qui les paralyse fondamentalement dans la recherche de leur décollage économique !

– Pertes financières énormes pendant les conversions de leurs devises en euros

– Creusement de leurs déficits de la balance des paiements,

– Justification économique des dévaluations répétitives ou en séries du F CFA rattaché à l’euro devenu robuste grâce à l’affaiblissement du dollar décidé par les Américains dans leurs intérêts légitimes.

      1. C3- La libre transférabilité des capitaux des PAZF vers la France

« Les transferts de fonds entre les Etats membres et la France sont libres »58

Ce principe génère pour les PAZF des conséquences nuisibles à leur véritable développement.

1 – Ce principe favorise la fuite des capitaux financiers indispensables à la reconstruction des pays africains.

2 – Les Banques Centrales africaines gaspillent leurs réserves de change dans le rachat de leur propre monnaie. Par exemple, « pour les six premiers mois de 1993, les rachats par la BCEAO des billets de son émission se sont élevés à 162,1 milliards contre 106 milliards un an plus tôt. »59

3 – La libre transférabilité s’oppose de fait à la formation de l’épargne nationale et encourage le recourt à l’emprunt extérieur dont le remboursement contraint les populations à supporter des souffrances dont on pourrait faire l’économie.

4-Dans ces conditions, il est difficile de créer la classe des femmes et des hommes d’affaires africains riches capables de prendre en main les économies nationales du continent noir et combattre avec efficacité la pauvreté et la mendicité humiliantes !

50

Lire Libération du 15 Septembre 2004:

51

 Article 7 de la Convention de Coopération Monétaire entre les Etats membres de la BEAC et la France, signée à Libreville (Gabon) le 13 mars 1973

52

 L’Ambassadeur français BREGBER, ancien représentant permanent auprès des communautés Européennes, « Une affaire avant tout politique », dans Géopolitique n° 53 P. 82.

53

 Ibid

54

 Selon l’Article 11 de la Convention de coopération monétaire entre les Etats membres de la BEAC et la France Le même principe s’énonce dans l’article 2 de l’Accord de coopération entre la France et les membres de l’U.M.O.A. de la manière suivante : « Les transactions entre le franc français et la monnaie de l’union s’effectueront à un cours fixé sur la base de la parité en vigueur ».

L’accord de coopération monétaire entre la France et la République fédérale islamique des Comores est basé sur les mêmes quatre principes régissant la coopération financière franco-africaine. En conséquence, le cas Comorien ne sera évoqué que de façon marginale.

55

 Réné SEDILLOT,  » LE FRANC ENCHAINE ; HISTOIRE DE LA MONNAIE FRANCAISE PENDANT LA GUERRE ET L’OCCUPATION », Librairie du Recueil Sirey. PP; 101-105. Lire aussi les Ordonnances du 17 mai 1940 et du 20 juin 1940 pour la modification du taux de change entre le mark et le franc français. Lire également Pierre ARNOULT, « Les Finances de la France et l’occupation Allemande (1940 1944), Le 4 octobre 1940, HEMMEN avait déclaré que : « le cours du mark était définitivement fixé à 20 francs », P.U.F. 1951, P. 169.

56

 Avant la dévaluation en 1994 du franc cfa de 100 %

57

 =655,957 /50=13

58

 Selon l’article 4 alinéa 3 du traité constituant l’U.M.O.A., les Etats signataires s’engagent à respecter « la libre circulation des signes monétaires et la liberté des transferts entre les Etats de l’Union. ». L’article 6 de l’Accord de coopération franco-ouest africain précise que « la réglementation uniforme des relations financières extérieures des Etats de l’Union… sera maintenue en harmonie avec celle de la République Française.

« Cette harmonisation assurera, en particulier, la liberté des relations financières entre la France et les Etats de l’Union

59

 BCEAO, Direction centrale des Etudes et de la Prévision, 17 Août 1993. Pour la seule Côte d’Ivoire, dans la même période, les rachats des billets F CFA s’estimaient à « 48,6 milliards contre 30,6 milliards », un an plus tôt. (Ibid)

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